Témoignage de Frédéric
(Nous mettons en garde le lecteur sur le caractère sensible de ce témoignage)

« Laisse-toi faire, mon p’tit père. »
« Je suis né en 1966 ; j’ai donc 60 ans. J’ai toujours vécu dans la loyauté de Dieu,dans ma vie, j’essaie tous les jours de faire de mon mieux, même si je ne pratique plus aujourd’hui.
J’ai grandi à Givet non loin du presbytère. J’ai suivi le catéchisme avec les dames. Les prêtres venaient parfois.
Ma mère voulait que je sois enfant de chœur, c’est comme ça que j’ai rencontré l’abbé Jean-François Pinard en 1974.
J’avais 8 ans. La vie de Jésus m’intéressait, je me posais des questions. L’abbé Pinard venait souvent à la maison et m’a proposé de venir régulièrement au presbytère, d’abord pour essayer les aubes d’enfants de chœur.
Au presbytère, il y avait une dame âgée qui faisait la cuisine pour les prêtres. Parfois, elle m’ouvrait.
D’autres fois, c’était l’abbé Pinard qui ouvrait automatiquement la porte depuis son bureau.
Au début des visites au presbytère, cela a commencé par des attouchements : il se pressait tout contre moi avec force.
Il me faisait asseoir sur ses genoux et me caressait la tête. Ensuite, il m’a obligé à faire certaines choses que je ne connaissais pas en me disant « Laisse-toi faire, mon p’tit père ».
Il mettait sa main dans mon pantalon, ouvrait le sien et me demandait de lui toucher le sexe. Il m’embrassait sur la bouche.
Les autres fois, il m’a demandé de monter dans les étages du presbytère, où se trouvaient les chambres des prêtres.
Les escaliers grinçaient et il me demandait de ne pas faire de bruit pour pas qu’on nous entende.
J’entrais dans une chambre où il y avait une sorte de fenêtre en hublot qui donnait au-dessus de la porte du presbytère.
Je m’en souviens très bien car quand je passais dans la rue, je voyais ce hublot et je pensais à tout ce qui se passait avec lui
dans cette chambre. Dans cette chambre, il se mettait nu et j’étais moi aussi nu, allongé sur le lit.
Il se couchait sur moi et avec une grande force il se frottait sur moi jusqu’à se satisfaire.
Cela a eu lieu de nombreuses fois jusqu’au jour où j’ai cessé d’être enfant de chœur.
J’ai gardé ça dans les tiroirs de mon cerveau sans jamais en parler à personne.
J’ai lu récemment d’autres témoignages de victimes de l’abbé Pinard et tous ces souvenirs sont remontés à la surface.
Je voulais dire « c’est vrai »,car moi aussi je l’ai vécu. Je pensais être le seul à avoir subi cela.
C’est traumatisant,car je ne connaissais rien de la sexualité. Il a toujours forcé les choses, je ne demandais rien.
Mon petit-frère, décédé il y a quelques années, a lui aussi été en contact avec l’abbé Pinard, à l’occasion de séjours au Waridon et un pèlerinage à Rome.
Je pense que lui aussi a été victime : quand on parlait de l’abbé Pinard, on s’observait avec un regard qui en disait long. »
Frédéric 60 ans
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